C'est assez amusant de lire le dernier troll à la mode : développeurs debians francophones vs Daniel Glazman. Tout ça à cause d'une histoire d'affiches. Et là , je suis bien obligé de marrer devant le ridicule de la situation, qui quelque part découle de certaines particularités du projet Debian, et de ses utilisateurs. Eclaircissement quand on a un peu d'expérience du libre.
En matière de logiciel libre, une année est souvent considéré comme une éternité. La dernière version de Debian date maintenant du 6 juin 2005, après une période de freeze assez longue. Grossièrement, cela correspond à une Mandriva ou une Süse de fin 2004. La prochaine version est censée sortir cet hiver, mais vu l'historique du retard dans la création de nouvelles versions chez Debian, je ne serais pas étonné qu'on attende l'hiver prochain. Et que font les développeurs Debian, ainsi qu'avec eux la très grosse majorité de ses utilisateurs (me regardez pas comme ça, ce serveur utilise Debian), pour avoir une distribution à jour ? Ils utilisent la version dite "unstable", autrement dit la version en cours de développement. La magie du système de package Debian (les .deb au lieu des .rpm), les scripts de mise à jour automatisés, la lecture plus ou moins parcellaire des listes de distribution consacré à la distribution, une bonne expérience d'utilisation du système Linux permettent donc à ses utilisateurs d'avoir toujours une version très récente des logiciels. Alors, à quoi bon créer une version freezée et exempte de bugs, si la moitié de ses utilisateurs recherchent les bugs ? La question n'a du jamais être posée au projet Debian, car on saurait enfin pourquoi les nouvelles versions de Debian ne sortent jamais : les fans de debian sont en "unstable", ce sont les fans qui constituent les développeurs, donc... l'intérêt n'y est pas. Il en résulte certes une distribution stable et quasiment pas buguée, mais les plus bloquants des bugs, ne sont que rarement du fait de distributions linux (et encore moins rarrement de debian, béta-testeur-proof), mais dans les logiciels packagés. Or du fait de l'âge de ces logiciels, ça ne sert plus à grand chose d'installer Debian Stable. Sauf justement, la garantie de la stabilité, et en particulier des mises à jours de sécurité minimalistes. Debian ne sort que peu de versions, ça lui permet de proposer des mises à jours de sécurités pendant longtemps, longtemps, longtemps. Or tout le monde sait que de continuer à supporter de vieilles versions, c'est bouffe-ressources, et Debian a cet avantage-là (par rapport à nombre de distributions concurrentes) de proposer des mises à jour pendant très longtemps. Support peu utile pour le monde Linux où tout bouge très vite, où les nouvelles versions sont gratuites, et les mises à jour possibles facilement diront certains. Mais on pourra à ce sujet relire les discussions autour de la sortie d'Ubuntu 6.06 LTS (Long Term Support).
Or, la politique de distribution de Firefox de Mozilla Foundation est assez stricte au niveau de la redistribution de binaires patchés, si on fait usage du nom. 18 mois de support pour Firefox, ce n'est effectivement pas long, mais autant installer la dernière version plutôt que patcher diront beaucoup de personnes. Pas Debian et sa politique exigeante qui préfère supprimer les références à Firefox pour ne garder que la partie libre de celui-ci et créer ce fameux IceWeasel, afin de pouvoir réutiliser des versions patchés, sans avoir à mettre à jour le noyau de Firefox, et donc risquer plus d'instabilité. Tant pis s'il faut coder le patch pour Firefox eux-même quand sera venu l'heure. Et là , c'est dommage que ça parte de tout les côtés (et dommage aussi que Debian et la Foundation Mozilla n'ait pas trouvé d'accord). Pourquoi Debian ne propose-t'il pas à d'autres distributions de forker avec lui ? Le problème du manque de liberté de Firefox est intéressant, mais le fork en interne uniquement (création d'un nouveau logiciel libre en prenant comme base un logiciel libre existant), ça n'ira probablement pas loin, contrairement à ce dont rêvent certains. Firefox n'est pas ce qu'il y a de plus libre, mais on peut parfaitement s'accomoder de sa licence. Forker pour continuer à maintenir de vieilles versions d'une distribution dont plus grand monde ne se sert est parfaitement inutile à mon sens. Dans le monde du logiciel libre, une "méritocratie", ce projet n'irait guère loin, et ce d'autant plus que le projet-parent est fortement soutenu. En fait, il resterait très exactement dans une Debian de puristes (comme ses utilisateurs et sa cible), qui utiliseront IceWeasel à la place. Mais il est certain que si la licence de Firefox se montre vraiment trop restrictive, on n'attendrait pas pour voir un fork commun à toutes les distributions qui pourrait détrôner le vrai Firefox. On a déjà vu ça plusieurs fois par le passé.
Quand à Glazman, il donne à manger aux trolls encore. Mais ça mérite là commentaire (je vais quand même m'abstenir de tout commenter, et ce d'autant plus que c'est flou, on ne sait pas toujours s'il s'agit de Debian, Linux, ou du logiciel libre).
Mais des gens qui n'assument pas leur communisme ou anarchisme, j'en ai cotoyé pas mal. Du coup, ils investissent les groupes un peu plus politiquement correct, comme les Verts, ou les cercles de pensées, et ils foutent la merde. Toujours. En fait, ils devraient militer au PC ou à la LCR. Certains le font d'ailleurs.
L'accusation Logiciel Libre == Communisme revient assez souvent. C'est amusant, parce que c'est aussi vrai que faux. Effectivement, il y a parmis les libristes de nombreux utopistes du partage qui s'y retrouvent, (dont certains militants aux Verts ou au PCF), et c'est là tout naturel. Et alors, on peut rêver ? Comme je dis : le code source, faut le faire tourner comme un bon vieux pétard, on a tous à y gagner (ah, ça se voit que je suis à Amsterdam ?). De là à dire que tout les libristes sont des communistes qui n'assument pas, il y a un pas vraiment énorme... Le logiciel libre est une idée anarchiste, et il se trouve qu'il y a des anarchistes à gauche (et qui ne peuvent pas blairer les stalinistes), et à droite, les anarcho-capitalistes (et qui ne peuvent pas blairer les fascistes). Ce n'est pas aussi simple que ça, tout le monde n'est pas au logiciel libre pour les mêmes raisons, et d'ailleurs, nvu est un logiciel libre, Glazman fait du libre, mais pas pour les mêmes raisons que beaucoup de développeurs Debian. Les icônes RMS (anarchiste de gauche) et ESR (anarcho-capitaliste), et Theo de Raadt et Linus Torvalds (chefs d'orchestre-grosses gueules-coders) font du libre pour des raisons bien différentes, qui d'ailleurs, et c'est amusant de le noter, s'opposent, et souvent dégénèrent en troll sur slashdot, comme ce qui s'est passé là (ou encore sur la GPL v3 en ce moment). Et les Debianistes sont certainement ceux qui s'intéressent le plus à la liberté, et c'est à ce titre qu'ils forkent... pas de quoi s'énerver, ils en ont le droit que je sache. Et si on leur refusait ce droit, Firefox n'est serait plus un logiciel libre.
Alors laisse faire. Il n'y a pas d'autorégulation parce que c'est trop jeune. Cela s'écroulera tout seul, ça se rationalisera quand ils refuseront les besoins des usagers en disant "non, vous n'aurez pas cela parce que vous ne savez pas ce qui est bien". Ils ont beau être cocos ou anars, faut bien manger, et peu peuvent vivre comme les archéologues aristocrates du 19ème siècle, sur leur fortune personnelle. Laisse venir, je te dis.
Daniel Glazman fait bien de préciser que son ami n'y connait rien en logiciel. Maintenant, il a oublié un truc, pourtant lui il s'y connait. D'abord, l'autorégulation existe bien dans le libre. Lire la Cathédrale et le Bazar pour en comprendre son fonctionnement. Ca fait maintenant 15 ans que Linux existe, 22 ans pour le projet GNU, ça fait un long moment... Mais la deuxième partie est intéressante : "ça se rationalisera quand ils refuseront les besoins des usagers". La manière dont les choses se passent en pareil cas, c'est souvent un fork. Une distribution Debian à jour (et si possible avec le plus de périphériques reconnu automatiquement et simplement), c'était le grand besoin des usagers, or ce fork a déjà eu lieu dans Debian : Ubuntu. Qui d'ailleurs prends de grosses part de marché à Debian. Où comment profiter de paquets Deb, du grand nombre de packages, de nombreux scripts Debian bien pratiques, de la méthode apt pour les mises à jours via internet que les autres distributions essayent de cloner, tout en ayant une distribution à jour, et notamment des CDs de boot qui fonctionnent (à peu près) sur des cartes RAID récentes. Quand aux usagers, ils sont également dans le libre les créateurs, et ce n'est pas qu'un détail : Debian est une distribution communautaire créé par ses usagers. S'ils veulent jouer à l'intégriste, il le peuvent, c'est même là ce qu'on attendrait d'une distribution n'ayant pas de vocation commerciale (qui du coup attire les "communistes") ; Debian c'est presque 10 ans sans bénéfices, des milliers d'heure de bénévolat, la création du premier système de package avec mise à jour automatisée via internet (même s'il n'y a plus grand chose de neuf depuis 5 ans). Ca ne peut pas réellement se casser la gueule par manque de fonds. Par manque de développeurs-utilisateurs partis voir Ubuntu, peut-être. Quand à Redhat, cette société est bien obligée de s'adapter aux demandes des usagers pour faire de l'argent, prouvant par là même que le logiciel libre est viable économiquement aussi (distribution libre mais qui se protège avec ses logos, comme Debian et comme Firefox. Pas tout à fait non plus, vu que la version gratuite est un projet externe : Centos)...
Egalement, il ne faudrait pas perdre de vue que souvent c'est par l'intégrisme de certains que le libre avance. Suffit de voir le fonctionnement du projet OpenBSD, ou les raisons qui ont présidé la création de GNU, de KDE, de Gnome. A l'usure, il est possible que Mozilla lâche du lest (et peut-être Debian aussi). Ca c'est déjà vu par le passé.