Il semblerait que Chirac ne va pas se risquer à ne pas promulguer la loi ; selon l'interview donnée au Figaro, Vendredieu de Vabres veillera à ce que les peines ne soient pas excessives, ce qui veux certainement dire qu'il a aussi demandé à Chirac de ne rien faire (update : bonne déduction). Et en plus, il rejette la faute au parti socialiste, pourtant plus opposé que lui à cette loi, quelle mauvaise foi ! Et quel paradoxe aussi : on vote une loi comportant des peines de prisons, mais on demande que celle-ci ne soit pas appliqués ! Non, qu'on ne s'étonne pas ensuite qu'on ne respecte pas les institutions, si elles-mêmes ne sont pas capable de se respecter ! Et qui dit que le nouveau garde des Sceaux après 2007 fera de même ?

De toute évidence, à quoi bon ? Tout est raté la dedans. Le P2P continuera comme avant, avec quelques condamnés pour l'exemple, et de grands mots dans une loi. On n'arrête pas comme ça une pratique devenue presque généralisée. Il faudrait avoir de très grand moyens pour cela, tel un total flicage d'internet, liberticide, mais qui a envie de le mener ? Défois on se demande comment on peut avoir tant de foi en la loi. Combien y-a-t'il de loi non appliqués ? Et d'ailleurs, les DRM eux-même sont en opposition avec la copie privée telle que définie dans la loi du 11 mars 1957. Et paradoxalement, la loi Lang (redevance copie privée) continuera de s'appliquer.

Depuis l'Apple II, on a de tout temps su supprimer les protections contre la copie mises en place. Le statut légal du crack était pas vraiment définissable, c'était illégal de redistribuer le logiciel, mais personne ne s'en souciait. Alors pourquoi, maintenant que le cassage d'une protection est devenu clairement illicite, cela changerait ? Une fois que quelqu'un aura trouvé comment contourner le DRM, le morceau se retrouvera à nouveau sur un réseau en P2P. Au final, seul l'utilisateur honnête sera embété que son morceau acheté honnêtement soit verrouillé. Et pourquoi les logiciels "manifestement" destinés au partage illicite de fichiers, si tant est qu'ils existent, devraient devenir introuvables ? Un américain qui en a la volonté trouvera libdvdcss, interdit chez lui. On ne peut pas bloquer l'information, de la même manière on ne pourra pas bloquer les MP3, et encore moins la distribution d'un logiciel.

Dans les faits, rien de changé. L'usage de DRM est "autorisé", avant il était pas réellement interdit, donc autorisé aussi. Alors pourquoi s'énerver ? D'abord, la redevance pour copie privée continue à être perçue, là où son champ d'action diminue fortement en présence de DRM. Mais en fait, sa non-suppression laisse encore (un peu) le champ ouvert à la licence globale...

Outre que le consommateur honnête sera le grand perdant, les DRM renforcent les monopoles. Et donc c'est la loi qui protègeant des moyens de protection protège des monopoles ! Ton lecteur MP3, et ta plateforme de téléchargement seront les mêmes. Bravo la liberté du consommateur. Etait-il nécessaire de renforcer des monopoles de fait par une loi ? Une copie pour écouter dans la voiture tu ne fera point. Il n'existera plus en France de moyen légal pour lire un DVD avec un PC sous Linux. L'usage de DRM est anti-concurrentiel ; Microsoft a donc trouvé un allié pour combattre sa plus grande crainte : que Linux devienne plus utilisé que Windows.

En réalité, et c'est sans doute le pire, toute l'histoire de cette loi montre une magouille généralisée. Ceux qui détruisent les amendements concernant l'interopérabilité et la copie privée, Messieurs Donnedieu de Vabres et Vanneste ne cessent de se féliciter d'avancées en ce domaine. C'est vraiment prendre les gens pour des cons. Des élus qui nous prennent pour des cons, ça ne choque personne ? Je suis bien obligé d'en déduire que c'est malheureusement habituel. A quoi servent nos bulletins de vote en ce cas ?

Le conseil constitutionnel, d'habitude arme contre une loi, en rétablissant la prison et en supprimant ce qu'il restait de l'interopérabilité fait l'inverse. Avec la prison pour téléchargement, cette loi n'aurait jamais pu être votée. Chirac, s'il voulait sauver les apparences peut encore refuser de promulguer la loi. Comme il ne le fera certainement pas, désolé de l'annoncer : mais il n'y a qu'une démocratie d'apparence en France.

Alors, on fait quoi ? On soutient les extrémistes du parti pirate, qui sans doute ne se présenteront même pas ? Je suis tout de même bien content qu'ils existent, ça permet de voir que la licence globale n'est pas le fait de dangereux extrémistes. Mais non, ce n'est pas une solution ; leur programme est inexistant.

Est-il trop tôt pour précipiter la France à sa perte en votant pour un candidat considéré comme dangereux ? Peut-être. Ou pas, car nos politiques actuels sont dangereux aussi. On peut toujours espérer que d'ici 2007 les gens auront oublié. Moi pas, j'ai acheté sous le coup de la colère le nom de domaine qui va avec. J'admet qu'on ne risquait déjà pas de me voir voter pour la chiraquie.

Alors, oui, je fais mon troll avec en vous disant "Le Pen". Ca a partiellement marché. Quoi que, sur le moment, j'aurais pu le faire. De part tout les protocoles sur IP, on m'a dit que j'allais un peu trop loin. Oui, et la France aussi ; Un jour, à force de ne faire que de la merde, des gens énervés pourraient bien se dire que le fasciste FN est moins pire que les ripoux PS/UDF/UMP (mais surtout UMP). Bizarre, que très peu de monde m'ait signalé que ce serait plus facile pour moi qui suit à l'étranger de le faire que pour ceux en place. Mais il n'est pas trop tôt pour arrêter de soutenir le système. Dans fascisme ou abstention pour refuser de cautionner le système (le choix restait ouvert), je prends l'abstention. Et si j'hésite à diffuser la vidéo de ma carte d'électeur en feu, ce n'est que parce que 2002 a montré qu'un accident est toujours possible ; si Michel Rocard voulait bien se présenter....

J'ai maintenant un superbe nom de domaine à exploiter ; refaire l'historique de DADVSI depuis le NIICPA Américain (spoiler), le lobbying intense, et surtout une analyse des rôles des parties et des personnalités politiques impliqués la dedans, puisque c'est de cela dont il sera question. C'est qu'il y a tout de même des candidats déclarés qui se sont fait prendre. On n'annonce pas voter contre un texte quand on est à Rennes le même jour, n'est-ce pas Mme Boutin ? Quand à François Bayrou, je cherche encore sa logique. Il va me falloir agir vite, déjà la motivation baisse (ça risque de se retrouver au fond de ma todo-list bourré d'autres trucs).

En 2002, Chirac ou Le Pen, c'était la peste ou le choléra. En 2007, la peste aura affaibli un peu plus notre système. La Vième république est malade, et Arnaud Montebourg, seule grand personnalité à proposer de la remplacer, est maintenant officiellement non présidentiable, puisqu'il soutient Marie-Ségolène. Et quel parti Français de taille importante n'a jamais baigné dans aucune affaire louche ? Et même si on remplaçait la Vième en France, ca ne changerait rien. En Belgique, le PS à Charleroi rappelle le RPR à la mairie de Paris. Aux US, on a bien rit avec le recomptage des voix, et en plus ça sent la fraude électorale. Et malgré son bilan, les américains ont réussi à reconduire un président qui n'en a que le nom. Presque la moitié des électeurs apportent encore leur soutien à Berlusconi en Italie. Et plus je fouille et j'observe la politique, plus je me dis que quelque chose ne va pas (il y a moyen d'en faire un livre. Plusieurs même tout les ans).

Trois siècles après les Lumières, il est urgent de revoir nos systèmes politiques. Il y a du boulot. Si on commençait (par exemple) déjà par un système de vote Condorcet, et non un système majoritaire dont on a vu les limites, et qui entraine le clientélisme, et la mise en place d'un clivage gauche/droite quelque peu dépassé ?