Le Monde a publié il y a quelques jours une tribune de Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque Nationale de France : Quand Google défie l’Europe, sous-titré « Voici que s’affirme le risque d’une domination écrasante de l’Amérique dans la définition de l’idée que les prochaines générations se feront du monde. » Il vise l’initiative de google et d’université américaines, qui vont procéder à la numérisation et à la mise à dispostion de très nombreux ouvrages en provenance des universités américaines. Autant dire que c’est un joli morceau de mauvaise foi à propose d’un envahissement culturel supposé que seul un Français peut écrire. Si l’article tombe aux mains des responsables de certains sites webs américains anti-français, autant dire que sa traduction fera un tabac.

L’initiative de google, il faudrait l’applaudir. On va pouvoir accéder à de nombreux textes anciens gratuitement sur internet. Et ce serait une bonne idée de continuer sur cette voie en numérisant tous les ouvrages de la BNF. En ce sens, sur la conclusion je rejoins Jean-Noël Jeanneney. Mais pas du tout sur les raisons.

Mais non, qu’on ne vienne pas se plaindre d’hégémonie culturelle américaine à travers google. Quel est le problème ? Que les prochaines générations constatent que les Etats-Unis dominent le monde en 2005 ? Ce ne serait que pure vérité.

les critères du choix seront puissamment marqués (même si nous contribuons nous-mêmes, naturellement sans bouder, à ces richesses) par le regard qui est celui des Anglo-Saxons, avec ses couleurs spécifiques par rapport à la diversité des civilisations.

Déjà, première réaction franco-centriste : même si la BNF se mettait à contribuer aux côtés des universités américaines, cela resterait une vision anglo-saxonne ? Quelle en serait la raison ? L’origine américaine de Google ? Où le fait que depuis le 19ème siècle, l’Angleterre puis les Etats-Unis d’Amérique dominent le monde, et que finalement ce ne serait que pure vérité ?

Je garde en mémoire l’expérience du Bicentenaire de la Révolution, en 1989, quand j’en dirigeais les manifestations. Il eût été délétère et détestable pour l’équilibre de la nation, pour l’image et la connaissance qu’elle avait d’elle-même, de son passé, des événements, lumineux ou sombres, qu’il nous revenait de commémorer, d’aller chercher dans les seules bases de données anglaises ou américaines un récit et une interprétation qui y étaient biaisés de multiples façons : Le Mouron rouge écrasant Quatre-vingt-treize, les vaillants aristocrates britanniques triomphant des jacobins sanguinaires, la guillotine occultant les droits de l’homme et les intuitions fulgurantes de la Convention. Cet exemple est instructif, et il nous met en garde.

Ce paragraphe est modèle de propagande jacobine. Ce qui ne m’étonne même pas, vu le sujet abordé. Figurez-vous que la vision qu’avait l’Angleterre de notre pays était biaisée ? Vous êtes sûr qu’il ne faut pas plutôt voir l’aristocratie anglaise solidaire de l’artistocratie Française, et donc comme un ennemi de la révolution, comme un acteur dont les écrits devraient être pris en compte ? Les anglais qui ont une vision moins réluisante que nous de nos évenements, cela pose-t-il un problème ? Les américains (puisqu’il est question des anglo-saxons) n’ont-il pas encore une vision encore différente de ces évenements dont l’un des acteurs n’est autre qu’un des héros de la guerre d’indépendance des Etats-Unis, le marquis de La Fayette ? Même les vainqueurs, les révolutionnaires, avaient eux aussi une vision à eux, et leurs écrits étaient probablement biaisés aussi. Certes, ce serait plus que dommage que les anglo-saxons soient les seuls à avoir autorité sur le sujet. Mais il est encore plus dommage de les ignorer, sauf si l’on cherche à embellir l’histoire de France. Une habitude bien jacobine. Evidemment, Jean-Noël Jeanneney ne dit pas qu’il faille les ignorer, mais rappeler l’intérêt de la diversité et ne pas se limiter à critiquer les textes anglais sur le sujet aurait été nécessaire.

La production scientifique anglo-saxonne, déjà dominante dans une quantité de domaines, s’en trouvera forcément survalorisée, avec un avantage écrasant à l’anglais par rapport aux autres langues de culture, notamment européennes.

Ce lapsus résume à lui seul toute la mauvaise foi de son auteur. Rappelons que la production anglo-saxonne désigne également celle du Royaume-Uni, un pays bien européen. Shakespeare doit s’en retourner dans sa tombe. Rappelons également que les Etats-Unis ont une culture d’origine européenne (d’origine, certes les différences culturelles sont devenus importantes). Sous prétexte de défendre l’Europe, il se cache bien de montrer qu’il défends en réalité la France.

Ajoutons que, sous l’apparence de la gratuité, l’internaute rétribuera en fait Google, en tant que consommateur, puisque l’entreprise vit à 99 % de publicité et que la démarche qu’elle annonce ne vise qu’à obtenir un retour sur investissement grâce à celle-ci.

Alors comme ça les entreprises n’ont plus le droit de gagner de l’argent ? On m’avait pourtant dit que le but d’une société était de gagner de l’argent. Jean-Noël Jeanneney en lutte contre le grand capital ? Ne vaux-t-il pas mieux des vieux ouvrages disponibles financés sur fond privés avec des publicités, que pas de numérisation du tout ?

Et quel problème si la facilité de recherches dans les ouvrages numérisés booste les ventes de ces mêmes titres ? A l’heure actuelle, les livres disponibles chez Amazon US constituent déjà une sélection orientée américaine. Et le marché du livre français sera toujours culturemment orienté vers la France (même sur Amazon.Fr). Le risque n’existe que pour les gens parfaitement bilingues. Mais dans le cas où cette fonctionnalité de recherche et d’affichages d’extraits devait permettre une formidable montée des ventes, nul doute que d’autres sauront l’adopter pour la vente d’autres ouvrages en France.

Quand au risque de voir les gens se mettre à lire les livres du domaine public qui vont être numérisés, il est réel. Ne serait-ce pas plutôt un bienfait ? Mais puisqu’ils seront en Anglais, encore une fois la barrière de la langue limitera fortement les dégats : un américain ne lisait pas non plus les livres français antérieurement à l’ouverture de ce service. Encore une fois, si cela fonctionne bien dans un pays, il n’y a pas de raisons que quelqu’un n’importe pas le service. Peut-être même la BNF. D’ailleurs des oeuvres françaises numérisés, ont en trouve déjà, et même à la BNF comme l’article le souligne : gallica.

Lorsque s’est posée, depuis la seconde guerre mondiale, du côté du cinéma puis de l’audiovisuel, la question de la riposte française à la domination américaine, vouée, si l’on n’avait pas réagi, à opprimer chez nous toute production originale, une première réaction a été de protectionnisme, selon un système de quotas, dans les salles puis à la télévision. Cela n’était pas illégitime et a été partiellement efficace.

On y est : une « riposte » ! Les Etats-Unis dominent, ils veulent nous interdire de continuer à produire des biens culturels, il faut absolumment que nous Français répondions à cette attaque !

Et donc pour le bien du peuple, cela a été utile d’instaurer des quotas ? Ce n’est pas justement grâce à la brèche ouverte des quotas de chansons françaises à la radio que des médiocrités tels que la Star Academy se sont créés ? Loi qui n’a pas défendu l’Europe, mais la France soit dit au passage. Et oui, parmis les MP3 que j’ai en anglais, j’ai des américains, mais aussi des anglais, des allemands, des suèdois, etc... Mais les français n’osent pas chanter en anglais. Ce serait probablement un crime de lèse-majesté d’utiliser la langue de l’envahisseur. Evidemment, Brassens qui chante en anglais, ce serait pas pareil, ce qui prouve bien que l’anglais n’arrivera pas a remplacer le français.

Où est la nécessité d’une riposte ? Quelle est cette « attaque » ? La première vérité, c’est qu’à l’heure actuelle les biens culturels peuvent avoir une portée mondiale aisémment. En musique techno, les Français se débrouillent bien à l’étranger : Daft Punk, Bob Sinclar par exemple. Les animés japonais sont à la mode en France par exemple, et personne n’a eu besoin d’imposer des mesures protectionnistes aux japonais. Personne n’a imposé aux Français la lecture de « Da Vinci Code » ou de « Harry Potter ». La deuxième vérité c’est que certains plus malins que d’autres confondent machine à fric façon « je donne au peuple ce qu’il réclame », en laissant de côté les projets et artistes qui ont quelque chose à dire, mais qui ne font pas l’unanimité. Ne serait-ce pas plutôt le fonctionnement des grands studios holywoodiens et des majors du disque qui devraient être remis en question ?

(Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec moi, mais je vous préviens : ce que vous direz pourrait être retenu contre vous à propos d’un autre sujet dans une future note. Oui, c’est un piège que je tends aux ayatollahs de la République. Et j’aimerais bien que des gens tombent dedans, ce sera l’occasion d’aborder deux autres sujets. Mais pas trop vite, j’ai déjà beaucoup trop posté ici ces derniers jours. ).